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La méditation en action page 2

Eviter les pensées futiles

La sixième condition est de ne pas se complaire dans des pensées futiles, dépourvues d'intérêt. Notre esprit est en perpétuelle agitation; nous entretenons en permanence une rêverie intérieure, voletant d'une pensée à une autre, habituant le mental à une sorte de papillonnement qui a pour effet de déstabiliser profondément l'esprit. Ce ne serait pas grave si cela n'entravait pas le développement des facultés cognitives, nous privant d'une intelligence plus aiguë et plus profonde que celle dont nous disposons actuellement. On fera croître cette intelligence en entraînant l'esprit à se poser sur l'objet d'observation, tout en concentrant son attention sur lui, plutôt que de sauter constamment d'un sujet à l'autre en se dispersant. Afin d'éviter de se complaire dans des pensées futiles, il est conseillé de développer une prise de conscience de tout ce qui se passe dans l'esprit : savoir repérer nos instants de vigilance ou, au contraire, pouvoir reconnaître nos moments de distraction. En étant conscient de ce qui se produit en nous, on favorise la stabilité mentale et le développement de la claire vision de l'esprit.

Ces six conditions fournissent à l'esprit les moyens adéquats pour s'établir dans la méditation et l'occasion de se maintenir dans la limpidité et l'attention qu'il convient de développer. Quelles que soient les circonstances autour de nous, il est toujours possible de mettre ces six conditions en application. Nul besoin de s'isoler dans un lieu particulier pour les utiliser ; ces six injonctions peuvent être mises en action à condition que l'on s'efforce d'être conscient. En l'espace d'une heure, par exemple, nous faisons l'expérience de beaucoup de choses ; une heure de notre existence est extrêmement riche, surtout si nous sommes attentifs. Nous devons bien comprendre que ces six conditions ne sont pas destinées à un moment ou à une action particulière, mais à la mise en application dans notre vie quotidienne. Sans s'imposer une discipline rude ou une contrainte supplémentaire, il s'agit d'imprégner l'esprit de ces six conditions et d'en voir le bien-fondé. Par exemple, en prenant conscience des nombreuses pensées dépourvues d'intérêt qui nous agitent, on souhaite tourner son esprit vers quelque chose de plus positif et d'utile. Cela se fait sans contrainte, dans le but d'aider l'esprit à s'établir dans un calme confortable.

Méditation et silence
Lorsqu'on parle de méditation, on évoque de suite un endroit calme et tranquille, sans aucune distraction. Si nous pratiquons le calme mental en un lieu paisible, concentrés dans notre pratique, nous obtiendrons un bienfait intérieur.
Mais que survienne un bruit infernal, tel le vacarme d'un avion militaire volant très vite et à basse altitude, et notre calme intérieur sera troublé, nous plongeant dans une colère impulsive. Ceci est le résultat d'une préconception de ce que doit être la concentration, parce qu'on a décidé de se concentrer sur le calme et le silence. Mais lorsqu'on parle de concentration dans la méditation, cela consiste à poser son esprit sur n'importe quel support. On peut très bien se concentrer sur le rugissement des avions et notre esprit sera libre de toute perturbation.

Agitation et torpeur dans la méditation
La distraction dans la méditation est également un point important. Certains endroits, comme le métro ou les villes, sont à l'origine de nombreuses distractions, ce qui peut inciter le méditant à se diriger vers des lieux plus retirés ou plus isolés. Pourtant, ces lieux que l'on pense privilégiés pour la méditation offrent aussi des distractions, des chants d'oiseaux, des parfums naturels, etc. qui peuvent empêcher la concentration dans la méditation. Dans ce contexte, on confond la distraction intérieure de l'esprit avec les influences extérieures des phénomènes. En fait, la distraction est à l'intérieur de nous-mêmes, c'est une propriété de l'esprit : l'instabilité de l'esprit.

Pour être tout à fait libre de l'agitation excessive ou de la torpeur profonde qui viendrait perturber nos activités, on habitue l'esprit à demeurer dans un état de contemplation, de parfaite conscience de ce qui se passe, aussi bien dans la méditation que dans nos actions. Dès qu'on entend le mot concentration, on a tendance à vouloir saisir les phénomènes, alors qu'en fait il s'agit simplement de constater la situation et d'en être parfaitement conscient sans la saisir, sans la rejeter, sans espoir de bien faire ou de crainte de mal faire. Il faut simplement développer un état d'esprit équanime. Quoiqu'il arrive, c'est bien.

La meilleure solution pour réagir face à la torpeur est de faire une pause, de se lever et d'exécuter des mouvements de gymnastique ou respiratoires. S'établir dans la torpeur, est dangereux pour la pratique de l'esprit. Un jour, le Bouddha ordonna aux moines de ne pas manger le soir. Ceci ne doit pas être considéré comme une restriction de nourriture, mais a pour but d'éviter que l'esprit tombe dans un état de torpeur pendant la pratique. Cela aide aussi le pratiquant à se réveiller plus tôt le matin car le corps est plus léger et mieux reposé. Mais ceci n'est pas une obligation!

Nous venons de voir comment la torpeur pouvait brouiller la limpidité de l'esprit et perturber la vigilance, nous rendant inaptes à la contemplation. Quand nous essayons d'appliquer cette attention à nos activités quotidiennes, nous ne sommes pas gênés par la torpeur mais plutôt par la distraction déstabilisant l'esprit en l'amenant à sauter d'un sujet à l'autre.

De même que la torpeur, la distraction brouille notre vision des choses. Méditer, c'est développer en toutes circonstances l'attitude consciente et vigilante de ce qui se passe, sans tension, sans se laisser distraire par des pensées ou toute autre chose. Pour obtenir ce résultat, il existe beaucoup de méthodes. En particulier, Gampopa, disciple de Milarépa et Maître du premier Karmapa, a écrit un certain nombre de conseils au méditant. Dans le "Précieux Rosaire", il énumère dix certitudes qu'il convient de bien ancrer en soi. Elles permettent d'aborder la pratique de la méditation et son application dans la vie quotidienne d'une manière parfaitement correcte.