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La méditation
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Le piège du support

Pour garder cette clarté, nous pouvons utiliser différents supports ou méthodes : un objet extérieur, la respiration, des visualisations, etc. L’essentiel est de se souvenir que la méditation a pour but de révéler et de maintenir la clarté de l’esprit. Si nous sommes trop préoccupés par le support ou la méthode, nous oublions l’essentiel, le sens principal de la méditation. L’esprit peut très vite être piégé et dérangé, si nous oublions que méthodes et supports ne sont que temporaires. S’il y a saisie, il y a interruption, c’est à dire retour à un état émotionnel.

Certes, en méditation, les méthodes ont un rôle important, mais l’essentiel reste toujours la finalité. Ici, dans le contexte de l’enseignement du Bouddha, la finalité est la conscience et la clarté de l’esprit. Méditer, c’est être clairement conscient.

Le processus naturel

La méditation est un processus naturel. Il n’y a pas à ruser ou à forcer l’esprit. Il suffit de le laisser dans son état naturel, avec une grande lucidité. Et il ne faut surtout pas être en attente d’un résultat immédiat. Les fruits ne mûriront qu’avec le temps. Simplement, soyons naturels et vivons la situation telle qu’elle est dans le moment. Et bien qu’au début nous ne connaissions qu’un bref instant de perception claire, elle nous apporte tout de même une certitude quant à la clarté de notre esprit. Cette certitude nous encourage et nous donne envie de méditer davantage.

La méditation n’est pas une tâche spéciale à effectuer dans un certain délai. Par exemple : Je bêche le jardin, je sème les graines, j’ai fini le travail : mission accomplie. Ou bien : Je fais bâtir une maison. La construction achevée, je me réjouis. Bravo, le but est atteint. C’est terminé ! Ou bien : Je fais des études de médecine. J’obtiens le diplôme et j’exerce mes fonctions. Non, il n’en est pas ainsi. En méditant, nous n’obtiendrons rien de directement utilisable. Pourtant, à coup sûr il y aura des fruits. Le développement que nous avons entrepris nous conduira jusqu’à l’éveil.

Entendre parler de la méditation comme d’un processus naturel soulève d’apparentes contradictions. Dans le bouddhisme on nous demande d’être satisfaits de notre vie et de poursuivre notre développement, de n’avoir aucune attente de résultat et de persévérer jusqu’à l’éveil. Méditer, c’est un peu comme se nourrir. Il est naturel de manger tous les jours. On ne mange pas une fois pour toutes car, jusqu’à la mort, on a besoin de nourrir son corps. Souvent, au début, lorsqu’on reçoit les premières instructions de méditation, on est plein d’entrain, plein de courage, mais aussi plein d’attentes. Et puis, on médite, on médite, et rien ne vient. Alors, on se décourage, on se dit : " Finalement, ce n’est pas pour moi ", et on arrête de pratiquer. Ou bien, en pratiquant, de petites expériences s’élèvent. On est alors fasciné par ces expériences, elles deviennent une nouvelle préoccupation pour l’esprit et cette saisie empêche de progresser. Dans la méditation, il faut constamment approfondir jusqu’à ce qu’on arrive au but, et, en même temps, il ne faut pas avoir d’attentes. C’est ainsi, même si cela semble contradictoire.

La simplicité

C’est paradoxal mais le but de la méditation est donc de ne pas attendre de résultat. A ce moment seulement on obtient un bon résultat : la clarté. Et quand notre esprit est très clair, il n’y a pas de place pour la confusion. Nous pouvons alors comprendre clairement toute situation. Par exemple, un matin, il pleut et nous sommes obligés de sortir. Si nous sommes simplement conscients que la pluie mouille, que nous pouvons attraper froid, qu’il en est ainsi, nous ne nous irritons pas. Comprenant la situation, nous la vivons, c’est tout. A ce moment-là l’esprit reste libre. Nous comprenons qu’il est impossible d’arrêter la pluie et le froid. Nous vivons la situation telle qu’elle est. L’exemple peut paraître simpliste, mais en fait, c’est l’attitude à adopter dans notre vie. En général, nous rencontrons des problèmes et des souffrances. Il s’agit de les considérer avec simplicité. Alors colère et frustration ne s’élèveront pas, parce que nous aurons perçu clairement la situation telle qu’elle est.

Nos attentes ne servent à rien. Ce qui importe, c’est la qualité de notre méditation, la compréhension claire de notre nature. Puisque nous ne pouvons échapper aux situations, faisons en sorte que notre esprit n’en soit pas perturbé. Dés que nous aurons quelque expérience de clarté, nous acquerrons la certitude que les situations peuvent être vécues sans que l’esprit soit dérangé. Quand nous ressentons une douleur, la douleur est certes bien réelle même si notre esprit est très clair, mais s’il y a compréhension, elle ne crée pas de confusion. Pas de problème !

La détente naturelle

Par la méditation nous découvrons la clarté de notre esprit et, grâce à la vigilance, nous en restons conscients. Rester conscient contribue à développer encore plus la clarté. En même temps que la clarté, il est nécessaire de connaître la détente. La détente dont nous parlons ici, sur la voie spirituelle n’est pas une relaxation ; c’est notre vraie nature, la nature de notre esprit, qui est fondamentalement détente. La méditation apporte une détente car clarté et détente sont simultanées. Un esprit très clair prend conscience de ce qui, habituellement, nuit à la détente. Le fait de ne pas pouvoir se détendre vient en partie de nos concepts et aussi de la perception que nous avons des autres.

Détente et clarté

Quand l’esprit est très clair, notre perception de son fonctionnement est très aiguë. Nous percevons alors avec précision ce qui empêche la véritable détente, la détente qui est une qualité de notre vraie nature. Bien que la nature de bouddha soit déjà présente en nous, nous avons aussi en nous l’habitude de la saisie d’un soi. De ce fait, même si aucune circonstance ne vient nous troubler, nous ne sommes pas vraiment détendus. Généralement, nous ne savons pas pourquoi. En réfléchissant, nous pouvons voir que c’est à cause de la saisie d’un soi.

Nous cherchons tous à être heureux mais ce bonheur nous échappe car nous n’arrivons pas à utiliser dans l’activité quotidienne la clarté que nous expérimentons dans la méditation. Notre esprit est encore en proie à la distraction et nous manquons d’ouverture, de disponibilité aux choses, de détente. La détente est l’apaisement de l’esprit par la compréhension de l’essentiel.

Prenons un exemple. Nous attachons beaucoup d’importance à notre corps. Dès que nous ressentons une forte douleur, nous paniquons. Surtout si nous n’en connaissons pas la cause. Par contre, si, en proie à une grande souffrance, nous apprenons que nous n’avons rien de grave, nous nous détendons car notre inquiétude a cessé. Cette détente provient de la compréhension. Compréhension que, fondamentalement, rien n’est vraiment dérangeant pour l’esprit.

Quand l’esprit est très clair, il faut encore éviter de se laisser piéger en saisissant la clarté. Nous risquons en effet de figer cette clarté, de nous y attacher. Et de nouveau, l’attachement à la clarté empêchera la véritable détente.

Quand nous essayons de voir totalement, de comprendre complètement ce qui a lieu en nous - les distractions et les perturbations de notre esprit – une détente mentale prend place. Tant que nous n’aurons pas réalisé l’éveil, il y aura des perturbations. Mais ces perturbations étant impermanentes, elles n’ont pas grande importance. Cette compréhension va nous empêcher d’être pris dans les situations. La clef de la détente c’est de combiner conscience et clarté.

Les émotions perturbatrices surgissent dans certaines circonstances. Ces circonstances vont donc nous révéler nos émotions. Si nous essayons d’éviter les situations, les émotions, bien qu’étant au fond de nous, ne se montreront pas. Mais la véritable détente ne s’obtient pas en se cachant dans un coin pour être tranquille parce que, même si nous pensons que nous y sommes paisible et serein, en fait, notre esprit n’est pas vraiment en paix. Par contre, étant en plein dans l’activité, si nous essayons de comprendre ce qui se passe, dés qu’il y aura compréhension, il y aura détente. Détente ne veut pas dire absence de mouvement et d’action. La détente s’applique à notre esprit.

Sans aucun jugement, essayons de voir comment nous fonctionnons. Faisons cela sincèrement, sans hésitation, sans essayer de fuir, sans utiliser des méthodes artificielles pour nous calmer. Essayons simplement de voir qui nous sommes. Pour cela, il n’y a rien à changer. Si nous essayons de modifier notre comportement, cela restera artificiel et de courte durée. L’esprit, lui, restera le même. Par contre, si nous regardons de façon très naturelle, nous pourrons voir très clairement. Ne jugeons pas, contentons-nous de regarder. Juger veut dire : essayer d’éliminer, condamner, fabriquer.