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L
a m a . J i g m é . R i n p o c h é
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> P a r o l e s
La méditation
page 2
Notre
problème fondamental est lidentification
à tout ce qui nous entoure. Or, tôt
ou tard, nous serons obligés de tout
quitter. Nos biens, notre corps, tout devra
être abandonné. Et à
ce moment-là, si nous ne nous y sommes
pas préparés, la saisie que
nous ferons sur nous-mêmes et sur
ce qui nous entoure sera encore plus forte
et nous ressentirons une grande souffrance.
Prisonnier de lillusion, lesprit
ne pourra trouver la paix.
Cette
saisie ne fait pourtant pas partie de notre
vraie nature. Cest une sorte dhabitude,
dattachement. Inconsciemment, nous
nous identifions à tout ce que nous
jugeons important, sans nous rendre compte
que cest cette attitude qui nous emprisonne.
Les grands maîtres du passé
ont insisté sur le détachement.
Comprenons bien ce que ce mot signifie.
Il sagit plus dune attitude
mentale que du rejet de possessions ou de
situations. La pratique des deux bienfaits
permet de se détacher.
Si
nous prenons lhabitude de nous dédier
à autrui, si nous ouvrons notre esprit
au bienfait des autres, nous pourrons transformer
nos vieilles tendances. Lhabitude
de se dévouer aux autres depuis
notre entourage immédiat jusquà
tous les êtres - conduit au bonheur.
Elle sacquiert non en se forçant
mais en comprenant bien limportance
dagir ainsi. Quimporte le nombre
des êtres, pourvu que nous souhaitions
leur bienfait, leur offrions notre activité
et leur dédions les qualités
de notre esprit.
Cette
dédicace est essentielle et nest
nullement un rituel vide, une pratique issue
de la culture tibétaine. Cest
quelque chose de très concret. Donner
aux autres ce que nous avons accompli peut
paraître facile, mais ne lest
pas car nous faisons dhabitude tout
linverse. Mais si nous comprenons
le bien fondé dune telle attitude
et de cette activité, petit à
petit, elles deviendront naturelles.
Chaque
pays a une spécificité, une
originalité. En France, il y en a
de nombreuses : une riche littérature,
une architecture extraordinaire, de splendides
paysages. Lune des plus marquantes
est la gastronomie. Notre goût pour
la bonne table peut devenir une base de
travail au quotidien. Il est inutile de
nous forcer à labandonner.
" En ville, on mange trop bien.
Je vais prendre mes vacances dans un petit
village et renoncer aux bons petits plats ".
En procédant ainsi, nous naurons
fait que changer de circonstances. Et dailleurs,
quel défaut peut-il y avoir dans
le fait de savourer un bon repas ? Aucun.
Surtout si nous prenons conscience que nous
nous régalons grâce aux personnes
qui lont préparé pour
nous, que celles-ci ont elles-mêmes
appris dautres personnes dans le passé,
et ainsi de suite. Notre appréciation
nous aide alors à réaliser
que la créativité dautrui
est la source de notre satisfaction personnelle.
Et
nous aussi, chaque fois que nous accomplissons
quelque chose, faisons-le en toute sincérité
non seulement pour nous-mêmes mais
aussi pour nos familles, nos collègues,
nos amis, et tous les autres êtres.
Souhaitons que de nombreuses générations
dêtres puissent bénéficier
de nos activités. Une telle activité,
accomplie sans saisie, avec un esprit paisible,
nest plus alors aussi fortement influencée
par la jalousie, lorgueil, lattachement,
les espoirs. Certes, nous ne nous libérerons
pas immédiatement et complètement
de ces émotions car elles sont étroitement
liées les unes aux autres et donc
très puissantes. Néanmoins,
notre esprit devenant moins inquiet, moins
perturbé, et donc plus heureux, plus
libre, nous ne souffrirons pas quand le
moment sera venu de quitter définitivement
nos activités.
Tout
étant impermanent, nous devrons de
toute façon tôt ou tard tout
laisser. Si nous nous sommes exercés
à dédier notre activité
à autrui, nous nous réjouirons
que dautres personnes puissent poursuivre
ce que nous avons entrepris. Notre esprit
connaîtra la satisfaction.
Le
détachement découle de la
dédicace et de lattitude de
bodhicitta. Bodhicitta signifie : un esprit
qui accepte duvrer pour le bienfait
dautrui parce quil en voit la
nécessité. Cest donc
un esprit qui est capable de discriminer,
de voir ce qui est utile ou nuisible aux
autres. La discrimination correcte, la précision
et la clarté sont présentes
dès lors que lesprit est libre
et détendu.
Ces
qualités sont utiles en toutes circonstances.
Alors, chaque situation - même le
fait de manger un bon repas - prend un sens.
Et nous nous rendons compte que les expériences
et les découvertes que nous faisons
au cours de notre vie quotidienne correspondent
aux enseignements des maîtres du passé.
Une grande confiance en le dharma voit le
jour et nous relions désormais tout
ce que nous expérimentons à
lenseignement du Bouddha.
La
vigilance, la pleine conscience de ce qui
se passe en nous, laccomplissement des
deux bienfaits et la dédicace sont
à effectuer sans saisie et en douceur.
Surtout, ne devenons pas des intégristes
de la vigilance ou des fanatiques des deux
bienfaits. Et nescomptons pas des résultats
immédiats et nattendons pas non
plus, pour commencer à pratiquer, de
pouvoir accomplir des choses grandioses. Dans
le quotidien nous pouvons tout à fait
nous exercer à la vigilance et au dévouement,
et ce, non par obligation, par soumission
à une règle, à une loi,
mais par la reconnaissance, tout en douceur,
de la validité de ces pratiques.
La
conscience lucide
Pour
comprendre le sens profond des enseignements,
nous devons comprendre notre mode de fonctionnement.
Cette compréhension, qui a son origine
dans la nature de bouddha, se fait à
laide des pensées et des concepts
qui sélèvent dans lesprit.
Bien sûr, nous avons toujours tendance
à les utiliser de façon ordinaire,
jugeant, discriminant - ceci est bien, ceci
est mal - cherchant à obtenir
le meilleur et à éviter le pire.
Constamment, ce type de réflexion est
présent en nous. Pourtant, pour que
nos réflexions soient vraiment utiles
et puissent nous amener à une découverte,
il faut quelles nous servent à
prendre conscience que notre vie est artificielle,
que notre façon de communiquer - même
des sentiments profonds - est artificielle.
Sans développer pour autant une attitude
de rejet.
Il
ne sert à rien de se rebeller contre
une société vieille de milliers
dannées dont nous avons hérité
nombre de références et de traditions
culturelles. Car même si nous sommes
forcés de mener une vie sociale normale,
fabriquée, nous pouvons pourtant en
être libres. Cest la découverte
à faire. Rien à changer, rien
à rejeter. Découvrons seulement
notre mode de fonctionnement, en regardant
la nature de toutes ces idées qui sélèvent
en nous, et notre manière artificielle
de communiquer avec autrui. Et il ny
a pas à craindre que cette découverte
nous déséquilibre et nous affaiblisse.
Au contraire, au moment où les saisies
se relâchent, naturellement, les problèmes
diminuent.
Du
concept à lexpérience
Pour
accéder au sens profond des mots, il
faut commencer par dépasser leur signification
première et les apparentes contradictions
relatives à un niveau de compréhension
superficiel. Un mot est comme une grotte qui,
tout en senfonçant, se ramifie
continuellement. Au lieu de rester à
la surface des mots, utilisons-les pour approfondir
notre réflexion. Celle-ci nous conduira
à une expérience et une compréhension
profondes.
Dans
les enseignements du Bouddha, on parle souvent
de lesprit, terme que tout le monde
connaît. Mais comprenons-nous vraiment
sa signification ? Examiner le sens complet
de ce mot peut nous conduire jusquà
léveil, car lesprit fait
partie des qualités dun bouddha.
La compréhension exacte de ce quest
lesprit est progressive, comme laube
en montagne. La lumière irise déjà
les crêtes, alors que le soleil reste
encore invisible. Pourtant, cette première
lueur, cest déjà le soleil.
Cest la qualité lumineuse du
soleil.
Grâce
aux méthodes proposées par le
bouddhisme, nous pouvons pousser notre réflexion
sur lesprit et toutes ses fonctions
jusquau résultat final : léveil.
Aussi, méfions-nous des contradictions
trop évidentes que notre intellect,
en proie à une forte saisie, a tendance
à souligner et à dénoncer.
Regardons de plus près. La clarté
commencera à poindre.
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