Pour
le débutant, les dix certitudes commencent
par l'écoute des enseignements et la réflexion
à leur sujet.
Lorsqu'on parle de débutant, on se réfère
à une personne qui est au début
de la contemplation de la véritable nature
de l'esprit, même après plusieurs
années de pratique. Quand on commence à
avoir certains résultats, il est important
de s'affirmer dans la pratique de la méditation.
Après des expériences méditatives,
on a tendance à croire qu'on est parvenu
à un résultat et on en fait un palier
sur lequel on s'arrête. Si l'on s'attache
à cette expérience, cela devient
un obstacle au lieu d'être un repère
dans l'ascension de la voie.
Gampopa
insiste sur le fait que, lorsque vient l'expérience
de la méditation, il faut donner toute
son importance à la pratique de la méditation
sans s'y arrêter. On a toujours tendance
à coller des étiquettes provenant
de nos connaissances acquises dans divers domaines,
du genre : "c'est cela, je sais...".
En fait, on ne travaille plus qu'avec des étiquettes,
sans connaître vraiment le contenu de la
petite boîte étiquetée, parce
qu'on n'est pas allé jusqu'au fond. Le
conseil s'applique donc à l'expérience
qui apparaît dans la méditation ;
il faut garder l'esprit tout à fait ouvert
et ne pas l'emprisonner dans un étiquetage
tel que : "les émotions, je connais donc
je sais... l'expérience, je connais donc
je sais..." Quand on parle de méditation,
aussitôt dans notre esprit apparaît
une personne en posture assise sur son coussin,
quelqu'un qui ne fait rien.
Or
la méditation n'est pas cela ; la méditation,
c'est avoir l'esprit complètement disponible,
ouvert, réceptif à tout ce qui advient,
conscient, lucide, limpide, sans aucune distraction.
Gampopa insiste sur le fait que, dans la méditation,
chaque certitude doit être impérativement
remise en cause. L'utilisation du vocabulaire
pour définir une méditation est
à manier avec circonspection. Par exemple,
on ne peut pas qualifier la méditation
de vraie ou de fausse, de réelle ou d'erronée,
etc. La méditation est simplement un état
de clarté et de limpidité pouvant
recouvrir un certain mode de perceptions tout
aussi limpide et clair.
La
méditation est une méthode qui permet
d'accéder à la réalisation
de la véritable nature de l'esprit. Le
conseil donné au pratiquant est : "Tant
que vous n'avez pas obtenu la stabilité,
établissez-vous dans l'isolement ou dans
le calme".
L'isolement fait référence à
la méditation solitaire, à la contemplation
de l'esprit lui-même percevant sa propre
nature et sa relation avec les objets extérieurs.
Si
l'on n'est pas totalement parvenu à la
stabilité, sorte de réalisation
dans laquelle on est constamment conscient de
la véritable nature de son propre esprit,
il ne faut pas essayer d'utiliser les éclairs
de compréhension pouvant surgir de notre
fors intérieur pour guider les autres ou
se prendre pour un maître.
"Tant
que l'esprit ne demeure pas fermement établi
dans la contemplation de sa propre nature, demeurez
dans la solitude et évitez de transmettre
à l'extérieur quelque chose d'instable
en vous. Tant que l'esprit demeure agité,
établissez-vous fermement dans le rappel
de soi".
Le
rappel de soi est la faculté de recentrer
son esprit sur un objet, sur un état de
calme et de concentration. C'est une habitude
à développer jusqu'à l'obtention
de la réalisation de la stabilité.
Si
la stupeur et la torpeur prédominent, il
est prudent de s'établir fermement en une
sorte d'élargissement de l'esprit. Lors
de chaque méditation, on essaiera de retrouver
cet état d'esprit présent, "ici
et maintenant", parfaitement limpide et clair,
afin de ne pas se laisser entraîner par
le confort que procurent la stupeur et la torpeur.
Tant que nous n'avons pas obtenu cette stabilité,
il faut sans cesse pratiquer la méditation
équanime. Une fois obtenu l'état
équanime de l'esprit, il convient de s'établir
fermement dans ce qu'on appelle djé top,
qui se traduit par : "ce qui vient à la
suite de la méditation". A ce stade, l'expérience
équanime ne doit pas demeurer uniquement
au stade de la méditation, mais devenir
permanente, quelle que soit l'action dans laquelle
on est engagé.
Il
ne convient pas d'opérer une distinction
entre ce qui est la méditation et ce qui
ne l'est pas. L'effort et l'exercice doivent se
poursuivre dans toutes les circonstances de l'existence.
Lorsque
les circonstances sont défavorables, on
s'en remet à la patience et à la
persévérance. Par exemple, si nous
en sommes à la phase d'écoute ou
de réflexion sur les enseignements et qu'un
ennui de santé ou un autre obstacle se
manifeste, évitons de parce voir ces difficultés
comme une entrave à l'écoute et
à la réflexion. Au contraire, nous
pouvons prendre cela comme des enseignements auxquels
on il nous faut réfléchir ; ainsi
nous sommes plus à même d'intégrer
les obstacles dans notre pratique. De la même
manière, lorsqu'on s'engage dans la pratique
du Dharma et qu'un inconvénient surgit
- un problème d'argent, de relation familiale,
etc. - ce devrait être l'occasion de s'entraîner
à réfléchir sur le sens du
Dharma, du karma, et sur les raisons de la souffrance
qui s'élève.
De
même, quand on est dans la phase d'expérience
méditative, tout ce qui vient apparemment
entraver la méditation est à considérer
dans son essence, comme un objet de contemplation,
et non comme quelque chose d'extérieur
et de gênant.
"Si
les désirs et l'attachement aux choses
matérielles croissent, il faut s'établir
fermement dans le renoncement". Par renoncement,
on n'entend pas le rejet de quelque chose, mais
la prise de conscience de la saisie qu'opère
notre esprit sur les phénomènes,
et comment il développe de l'attachement
envers ces phénomènes pourtant dépourvus
d'essence propre. Ce n'est qu'à partir
de là que la pratique du renoncement devient
effective, car l'attachement est tranché
à la racine. Ce détachement provient
d'une compréhension non intellectuelle
directement vécue au travers de la méditation,
par la contemplation à la fois de l'objet
d'attachement et de l'attachement en lui-même
par rapport à l'esprit.
"Lorsque
l'amour et la compassion diminuent, s'établir
fermement dans la méditation de l'esprit
de l'éveil". Toutes les pratiques et contemplations
restent vaines tant qu'elles ne sont pas focalisées
dans une direction précise : la motivation
parfaitement pure, l'esprit d'éveil. Rien
de profond et de durable dans l'ascension spirituelle
ne sera accompli sans l'amour et la compassion.
Sans eux, toutes les pratiques sont égocentrées,
et le but recherché, manqué. Afin
de développer l'amour et la compassion
authentiques, spontanés et sincères,
il convient, dès le départ, de méditer
sur cet esprit de l'éveil.
Ces
dix points en lesquels il convient de s'établir
fermement sont à garder présents
à l'esprit. C'est quelque chose qui doit
s'intégrer totalement à notre pratique
: il faut méditer sur eux plusieurs fois,
jusqu'à ce qu'ils deviennent partie intégrante
de notre pratique. Le processus de la méditation
peut être considéré comme
un processus organique semblable à la croissance
d'un arbre. Ce n'est pas quelque chose qui se
fait d'un seul coup, mais qui doit être
entretenu et nourri. Notre élévation
spirituelle dépend de ces dix points.