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La méditation en action page 3

Les dix certitudes énoncées par Gampopa

Pour le débutant, les dix certitudes commencent par l'écoute des enseignements et la réflexion à leur sujet.
Lorsqu'on parle de débutant, on se réfère à une personne qui est au début de la contemplation de la véritable nature de l'esprit, même après plusieurs années de pratique. Quand on commence à avoir certains résultats, il est important de s'affirmer dans la pratique de la méditation. Après des expériences méditatives, on a tendance à croire qu'on est parvenu à un résultat et on en fait un palier sur lequel on s'arrête. Si l'on s'attache à cette expérience, cela devient un obstacle au lieu d'être un repère dans l'ascension de la voie.

Gampopa insiste sur le fait que, lorsque vient l'expérience de la méditation, il faut donner toute son importance à la pratique de la méditation sans s'y arrêter. On a toujours tendance à coller des étiquettes provenant de nos connaissances acquises dans divers domaines, du genre : "c'est cela, je sais...".
En fait, on ne travaille plus qu'avec des étiquettes, sans connaître vraiment le contenu de la petite boîte étiquetée, parce qu'on n'est pas allé jusqu'au fond. Le conseil s'applique donc à l'expérience qui apparaît dans la méditation ; il faut garder l'esprit tout à fait ouvert et ne pas l'emprisonner dans un étiquetage tel que : "les émotions, je connais donc je sais... l'expérience, je connais donc je sais..." Quand on parle de méditation, aussitôt dans notre esprit apparaît une personne en posture assise sur son coussin, quelqu'un qui ne fait rien.

Or la méditation n'est pas cela ; la méditation, c'est avoir l'esprit complètement disponible, ouvert, réceptif à tout ce qui advient, conscient, lucide, limpide, sans aucune distraction. Gampopa insiste sur le fait que, dans la méditation, chaque certitude doit être impérativement remise en cause. L'utilisation du vocabulaire pour définir une méditation est à manier avec circonspection. Par exemple, on ne peut pas qualifier la méditation de vraie ou de fausse, de réelle ou d'erronée, etc. La méditation est simplement un état de clarté et de limpidité pouvant recouvrir un certain mode de perceptions tout aussi limpide et clair.

La méditation est une méthode qui permet d'accéder à la réalisation de la véritable nature de l'esprit. Le conseil donné au pratiquant est : "Tant que vous n'avez pas obtenu la stabilité, établissez-vous dans l'isolement ou dans le calme".
L'isolement fait référence à la méditation solitaire, à la contemplation de l'esprit lui-même percevant sa propre nature et sa relation avec les objets extérieurs.

Si l'on n'est pas totalement parvenu à la stabilité, sorte de réalisation dans laquelle on est constamment conscient de la véritable nature de son propre esprit, il ne faut pas essayer d'utiliser les éclairs de compréhension pouvant surgir de notre fors intérieur pour guider les autres ou se prendre pour un maître.

"Tant que l'esprit ne demeure pas fermement établi dans la contemplation de sa propre nature, demeurez dans la solitude et évitez de transmettre à l'extérieur quelque chose d'instable en vous. Tant que l'esprit demeure agité, établissez-vous fermement dans le rappel de soi".

Le rappel de soi est la faculté de recentrer son esprit sur un objet, sur un état de calme et de concentration. C'est une habitude à développer jusqu'à l'obtention de la réalisation de la stabilité.

Si la stupeur et la torpeur prédominent, il est prudent de s'établir fermement en une sorte d'élargissement de l'esprit. Lors de chaque méditation, on essaiera de retrouver cet état d'esprit présent, "ici et maintenant", parfaitement limpide et clair, afin de ne pas se laisser entraîner par le confort que procurent la stupeur et la torpeur.
Tant que nous n'avons pas obtenu cette stabilité, il faut sans cesse pratiquer la méditation équanime. Une fois obtenu l'état équanime de l'esprit, il convient de s'établir fermement dans ce qu'on appelle djé top, qui se traduit par : "ce qui vient à la suite de la méditation". A ce stade, l'expérience équanime ne doit pas demeurer uniquement au stade de la méditation, mais devenir permanente, quelle que soit l'action dans laquelle on est engagé.

Il ne convient pas d'opérer une distinction entre ce qui est la méditation et ce qui ne l'est pas. L'effort et l'exercice doivent se poursuivre dans toutes les circonstances de l'existence.

Lorsque les circonstances sont défavorables, on s'en remet à la patience et à la persévérance. Par exemple, si nous en sommes à la phase d'écoute ou de réflexion sur les enseignements et qu'un ennui de santé ou un autre obstacle se manifeste, évitons de parce voir ces difficultés comme une entrave à l'écoute et à la réflexion. Au contraire, nous pouvons prendre cela comme des enseignements auxquels on il nous faut réfléchir ; ainsi nous sommes plus à même d'intégrer les obstacles dans notre pratique. De la même manière, lorsqu'on s'engage dans la pratique du Dharma et qu'un inconvénient surgit - un problème d'argent, de relation familiale, etc. - ce devrait être l'occasion de s'entraîner à réfléchir sur le sens du Dharma, du karma, et sur les raisons de la souffrance qui s'élève.

De même, quand on est dans la phase d'expérience méditative, tout ce qui vient apparemment entraver la méditation est à considérer dans son essence, comme un objet de contemplation, et non comme quelque chose d'extérieur et de gênant.

"Si les désirs et l'attachement aux choses matérielles croissent, il faut s'établir fermement dans le renoncement". Par renoncement, on n'entend pas le rejet de quelque chose, mais la prise de conscience de la saisie qu'opère notre esprit sur les phénomènes, et comment il développe de l'attachement envers ces phénomènes pourtant dépourvus d'essence propre. Ce n'est qu'à partir de là que la pratique du renoncement devient effective, car l'attachement est tranché à la racine. Ce détachement provient d'une compréhension non intellectuelle directement vécue au travers de la méditation, par la contemplation à la fois de l'objet d'attachement et de l'attachement en lui-même par rapport à l'esprit.

"Lorsque l'amour et la compassion diminuent, s'établir fermement dans la méditation de l'esprit de l'éveil". Toutes les pratiques et contemplations restent vaines tant qu'elles ne sont pas focalisées dans une direction précise : la motivation parfaitement pure, l'esprit d'éveil. Rien de profond et de durable dans l'ascension spirituelle ne sera accompli sans l'amour et la compassion. Sans eux, toutes les pratiques sont égocentrées, et le but recherché, manqué. Afin de développer l'amour et la compassion authentiques, spontanés et sincères, il convient, dès le départ, de méditer sur cet esprit de l'éveil.

Ces dix points en lesquels il convient de s'établir fermement sont à garder présents à l'esprit. C'est quelque chose qui doit s'intégrer totalement à notre pratique : il faut méditer sur eux plusieurs fois, jusqu'à ce qu'ils deviennent partie intégrante de notre pratique. Le processus de la méditation peut être considéré comme un processus organique semblable à la croissance d'un arbre. Ce n'est pas quelque chose qui se fait d'un seul coup, mais qui doit être entretenu et nourri. Notre élévation spirituelle dépend de ces dix points.